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dimanche 12 décembre 2021

mercredi 3 mai 2017

Ta résonance, ma retenue

RITMAN Serge - Ta résonance, ma retenue




978-2-84587-3643
http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/serge-ritman-ta-resonance-ma-retenue
avril 2017, 324 p.

Pour l'auteur que probablement, d'aucuns, découvrent ici, « Ta Résonance, ma retenue » est le livre des livres, un livre-somme où règne le désordre qui ordonne la vie, le livre où l'impression d'avoir tenté d'être le plus près de soi et le plus près du poème est la plus prégnante.
Serge Ritman a prouvé par son entêtement combien la poésie se vit autant qu'elle se lit ou s'écrit ; il n'y a qu'à comptabiliser ses participations à des articles, colloques et autres revues. Ou peut être les trois à la fois et dans tous les cas, la poésie n'est pas séparée de la vie.


mardi 3 mars 2015

Tu pars, je vacille

Tu pars, je vacille, éditions Tarabuste, 2015.


On peut commander en ligne ici :
http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110

On peut lire les recensions concernant cet ouvrage ici :
http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2015/05/tu-pars-je-vacille-recensions.html

Note d’intention de l’auteur

Ce livre vient après une douzaine de livres publiés chez plusieurs éditeurs depuis 1997.
Ce livre marque une étape importante dans l’écriture de son auteur. Plus qu’achevant une période, il voudrait constituer une constellation ouvrant à des clartés (avec obscurités) sur le chemin parcouru depuis bientôt vingt ans.

Ce livre fait un poème ou plutôt le roman d’un poème par ses rimes : non celles qui viennent carillonner en fin de vers mais les rimes de partout, ce que je préfère appeler une résonance générale. Celle-ci est plurielle dans son fonctionnement même. Aussi ce roman de rimes montre-t-il une organisation en dix parties (à vrai dire huit avec une ouverture et un finale) reliées entre elles par une citation dont on aperçoit à la fois le continu et l’hétérogénéité : d’Ossip Mandelstam à Claire Diterzi en passant par Marina Tsvetaieva, Ingeborg Bachman, Ghérasim Luca (deux fois), Paul Celan (trois fois), Boris Pasternak et Linton Kweezy Johnson. Sans trop savoir pourquoi mais constamment, ce livre est travaillé par la doublure, au sens théâtral, puisque le couple je-tu, qui en est l'opérateur décisif, est lui-même sans cesse réversible. La doublure se fait bien évidemment dédoublement, au sens psychologique voire psychanalytique, pour augmenter la réversibilité signalée auparavant. Enfin la doublure opère par le doublage entre proses et vers et par le redoublement des arts, où peinture et musique mais aussi danse et chanson viennent doubler l’écriture par ses moyens mêmes - on aurait rêvé d'un livre ainsi sorti du livre mais chaque lecteur opérera facilement ces doublements puisque le lecteur double toujours l'auteur dans ces lancées: énonciations qui poussent à réénonciations - tel serait ce roman toujours doublé par son poème.

Ce livre serait donc écrit par deux – d’où le régime de la répétition ou plutôt de la reprise, qui ne cesse de réénoncer des ressouvenirs en avant. On peut alors dire que le sujet, dans tous les sens du terme, ne cesse de passer la main puisque tout le biographique du roman n'est jamais restauration d'un présent et donc fiction sous la forme d'un destin ou d'un rebut, mais vraie circonstance partagée, partageable, présent impossible parce qu'inaccompli, don d'innocence d'un vivre. La visée espérée de ce dispositif, c’est le trouble par le rythme, par l’intensification d’une vie du langage et ses échappées intempestives vers ce que le poème nomme ses clartés alors même qu’on pourrait aussi bien y apercevoir ses obscurités. Cette conjonction improbable advient souvent dans le pathétique radicalisé au risque de la bêtise ou de l'éclat : les deux souvent s'emmêlent sans savoir et c'est heureux pour que l'énigmatique poursuive la critique des maîtrises. Ce livre cherche en fin de compte le mouvement, la vota nova, d’un corps-langage en relation : l’augmentation de nos rapports jusqu’au vertige. Aussi affirme-t-il une écriture à quatre mains, du moins à deux voix sans compter toutes celles qui y résonnent, ou y bougent dont les citations évoquées et bien d'autres qu'il serait inutile de répertorier tant elles sont nos lectures, nos rencontres toujours comme appels.

Ce livre se veut sans aucune assignation alors même qu’il multiplie ses références. Dans le champ éditorial contemporain en poésie, il veut renouer et dénouer, faire relation librement.

c’est double
signature pour
un seul poème

quelles doubles
vies nous

troublent ensemble

Serge Ritman

vendredi 5 juillet 2013

Des Visages dans ta voix sortie d'usine

Serge Ritman, Des Visages dans ta voix sortie d'usine, Montluçon, éditions Contre-allées, collection "Poètes au potager", 2013.


On peut commander à Contre-Allées (16, rue Mizault 03100 Montluçon) : 7 euros le livret…

Une recension ici: http://www.terreaciel.net/Collection-pOetes-au-pOtager-2013#.Ut-Vk6VEo_M

vendredi 1 avril 2011

Claire la nuit



Claire la nuit
Mélanges
avec des lavis de Laurence Maurel
(un en couverture et 6 en pages intérieures)
Mont-de-Laval, l’atelier du grand tétras, 2011 (achevé d’imprimer en mars)
ISBN : 978-2-911648-43-4
128 pages
Table
tes clairs de lune – monologues du tu
tu dors
ta lumière me renverse
dans le rêve de toujours
ta nuit profonde
ta lumière m’éclaire
ta manière noire
tu me contes sauvage et coupable
dans la marée montante du poème
tu m’écris sans réponse
dans la forêt des mythes
tu réponds ensemble paradis
deux pleines lunules
au pays de l’oubli – marche dans la main du conte
leurs rêves diurnes en grève – relations obscures
les rencontres hasardeuses
les répétitions fiévreuses
les faux dialogues
les monologues inséparables
la relation sans fin
la lumière des toiles – notes dans le noir
un geste pousse le corps
le sable, l’amour
se restaurer en vendant sa Cadillac
pour la vie de l’autre côté
ça elle dans le film
un ange en banlieue
des liaisons
divorcer l’histoire, marier la vie
cicatrice
plonger à deux mains une dernière fois
la vie ne s’expose pas dans un musée
en vie
respirer ensemble
pluie noire éclair blanc
c’est l’printemps
l’invisible
il y a mélanges et mélanges
– ou comment (dés)accorder le tu pour trouver la relation


Critiques du livre :
par Yann Miralles à cette adresse:
par Alain Helissen à cette adresse:
par Yannick Torlini à cette adresse:

dimanche 31 janvier 2010

Illyriques

Illyriques, précédé de Illytaniques et suivi de Lettres à la ronde accompagné de découpages et désorientations illyrocartographiques de l’auteur, Elne, éditions Voix, 1er trimestre 2001, 88 p.

En Herbe (exercices & pauses)



En Herbe (exercices & pauses), avec des encres de Maria Desmée, Chaillé-sous-les-Ormeaux, « Le farfadet bleu », Le Dé bleu, mai 1997, 64 p.

De l'air

De l’air, avec un dessin de Dan Bouchery en couverture, L’épi de seigle, septembre 2003, 28 p.

Scènes de boucherie


Scènes de boucherie, Cherves, éditions Rafael de Surtis, collection « Pour une terre interdite », 1er trimestre 2001, non paginé, dédicacé à la mémoire de Ghérasim Luca.

Rossignols & Rouges-gorges


Rossignols & Rouges-gorges, Saint-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste, collection « Doute B.a.t. », 2e trimestre 1999, 64 p.

Ma retenue

Ma Retenue, petits contes en rêve, avec des peintures de Ben-Ami Koller, Chambéry, éditions Comp’Act, collection « La Polygraphe », 3e trimestre 2005, 96 p .

Recensions:
Une lecture, "Dans le rêve du conteur. Poème-lecture", par Laurent Mourey à cette adresse:
http://revue-resonancegenerale.blogspot.com/2008/09/dans-le-rve-du-conteur-pome-lecture.html
Note de Ludovic Degrrote dans CCP à cette adresse:
http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2012/06/note-de-lecture-de-ludovic-degroote-sur.html
Serge Ritman
Ma retenue, Serge Ritman, éd. Comp’Act, collection
« la Polygraphe ».
Comme une valse à trois temps, légère et
tourbillonnante dans un décor de château, Ma
retenue résonne de petits contes en rêve venus
s’inscrire entre des acryliques de Ben-Ami
Koller. « Prince cherche princesse », annonce le
conteur. Mais, s’il est bien question d’une histoire
d’amour, l’argument est ailleurs. On retrouve ici,
dans sa version pratique, la thématique chère à
Serge Ritman : « la relation dans et par le langage »
(Cf. – sous le nom de Serge Martin – L’Amour en
fragments, Poétique de la relation critique, Artois
Presses Université, 2004). « Un poème s’écrit à
deux », confi e l’auteur. Le corps est langage. « Nous
vivons de bouche en bouche », dans la résonance
de nos mots échangés, en « je-tu », en voilà. Sans
relation, pas de langage. La voix de l’un est en celle
de l’autre. Oui, les poèmes n’ont pas besoin de dire
l’amour, ils le font. Ma retenue convie au partage du
texte des fragments prélevés dans la bibliothèque
intime de Serge Ritman : Kafka, Marina Tsvetaïeva,
Georg Simmel, Henri Meschonnic, Bernard Noël,
Boris Pasternak, Ariane Dreyfus… L’histoire a fait
le mur, les châteaux sont de cartes, leurs fossés
asséchés. Reste la rencontre, dans une bouche
amie, du coeur du monde, affranchi de tout code
d’accès. C’est dit sans retenue.
Alain Hélissen

Le Mensuel littéraire et poétique n°337



lundi 14 décembre 2009

Ta Résonance





Ta Résonance, avec des lavis de Colette Deblé (un cahier de huit pages), Saint-denis-d’Oléron, éditions Océanes, mars 2003,126 p.

Notes de lecture

Henri Meschonnic dans Aujourd’hui poème n°47 (janvier 2004)

Il y a une ivresse des mots chez Serge Ritman, auteur de déjà une bonne huitaine de livres de poèmes. Poète de la relation amoureuse qui invente sa manière de se dire avec une sorte de jubilation communicative, qui semble précipiter le débit, dans une volubilité qui charge sa parole où se presse le désir : « dans toutes ces / résonances de ton corps qui s’infinit / tes yeux et gestes / multiplient l’instant / qui a toujours été sera » (p.11), ou : « une femme me traverse / comme ta voix » (p.12). Séquences brèves qui se succèdent sous l’épigraphe heureuse et rare du poète russe Annenski : « L’impossible est tout ce que j’aime ». Puis un poème plus long tout mêlé de Chagall et du Cantique des Cantiques, le Chant des chants, et qui se découpe sur des lavis de Colette Deblé, reproduits dans le livre. J’aime ce qu’il y a de cosmique dans l’érotisme de ces poèmes : « Avant que les nuages se retirent la lumière est là pour être prise sur ta bouche. Dans la mer et avec la brise que les nuages font, elle monte la lumière dans tes yeux. Tu les fermes ? » (p.63). Ils sont suivis de proses, au rythme entrecoupé, segments d’un dire sans commencement ni fin : « […] je veux dire que c’est bien quelqu'un d’autre que ce moi qu’en tout cas c’est quelqu'un qui ne sait pas qui il est et qui ne peut que se découvrir à ses risques et périls te trouver non dans les mots mais dans des paroles qui engagent une aventure pas plus prévisible que celle de nos corps mais l’incluant celle-ci et emportant et nos corps et notre histoire et nos paroles ces paroles qui nous tiennent même si on ne les tient pas je t’aime peut-être alors à ce moment d’abandon le poème comme ces rimes je tu » (p.67). Et il y a aussi du rire, et il sait jouir de la truculence, constamment dans l’imprévisible et les déraillements d’une voix qui travaille à se découvrir, à dire « l’infini de la relation » (p.105), « l’inconnu de la relation » (p.110). C’est à la fois extraordinairement défait, disjoint, et tenu : « les poèmes / – ne racontent pas / greffent en crise » (p.121). Un tempérament. Ça ne s’oublie pas. Allez écouter un peu cette résonance.


Philippe Païni

dans Europe n° 900 (avril 2004), p. 346-348.

Le poème est toujours poème d’amour et poème de combat. Son utopie, c’est ouvrir un espace dans les formes fermées des Lieux Communs de la Poésie. Lui commence quand finissent ses définitions à elle. Il a des armes et des baisers dans la bouche.

Il est grand temps d’en finir avec le cauchemar idyllique de la Poésie. Avec le grand Sens majuscule qui nous surveille du coin de l’œil, comme un dieu, pour devant les fruits de l’arbre nous émasculer. Avec la Présence enfin définitive de l’Etre pris par des chasseurs naïfs dans des filets de peu de mots. Avec l’Eden rêvé où l’on ne croit que ce qu’on voit, et l’espoir toujours déçu de la transparence du langage. Ta Résonance, le nouveau recueil de Serge Ritman, est une nouvelle pierre dans ce jardin-là, qui pue le renfermé parce que ne cesse d’y pourrir la vieille langue poétique.

C’est dehors le monde, opération portes ouvertes. Il suffisait, pour enfin sortir, de prêter moins d’attention au reflet qu’à l’écho. Parce que le jardin, c’est la caverne. La caverne est dans les têtes, et chaque tête c’est le monde entier qui commence et la caverne qui s’ouvre, dès le maintenant toujours naissant où une voix s’écrit, une oreille dans la bouche.

Le paysage-image : « Faut-il ajouter que son absence n’est pas là non plus pour suggérer une quelconque présence ? » (« Comme s’il manquait toujours l’image », p. 70)

Le motif de la mer, ici partout, est passage et non paysage, parce qu’il efface les distinctions qu’y met le signe, de la description à l’évocation – le devenir voix de voir. Le poème de la section « Quelques lignes pour une marine », qui commence par « Je vois » et se termine par « Tu entends ? », est emblématique par son ouverture, de « je » à « tu » et la tonalité suspensive de l’interrogative. Il a fallu, pour parvenir au « Tu entends ? », répondre au « Je vois » par un « je ne vois pas ». Il ponctue une chaîne où les mots du mouvement riment, par leur signification et leurs sonorités : « traversée d’un air infini avec les yeux ; traversée d’une marine », « suivent », « mouvement », « avancée », « suivent », « vagues ». Le paysage n’est pas donné à voir, mais donné à entendre. Non imposé par l’évidence autoproclamée d’un regard, mais proposé : tout un monde, non fermé sur un sens caché que le poème révèlerait, mais s’inventant dans l’ouverture vers l’inconnu de la relation, ce que fait entendre l’interrogation. Ainsi, la « résonance » est l’invention continuée, dans le poème, non seulement de son sujet, mais aussi de son « interlocuteur providentiel » (Mandelstam) – et mutuellement l’un par l’autre. Et le poème, alors, est une activité marquée par « la réciprocité » (c’est le titre d’une autre section), et c’est encore à Mandelstam qu’on pense : « Si je connais déjà celui à qui je parle […] je n’aurai pas l’opportunité de m’émerveiller de son émerveillement, de me réjouir de sa joie, d’aimer de son amour. » (De l’interlocuteur, essai de 1913) « Aimer de son amour », tout est là.

Et c’est dans le poème « Rimes intérieures » (dédié à Bernard Noël), au centre du recueil, que se théorise cette pratique, et qu’exemplairement se pratique cette théorie : « il suffit de le faire d’oser de risquer l’ailleurs l’autre l’inconnu qui ne sont pas là déjà ou alors on refait du déjà fait déjà là déjà connu déjà poème donc plus poème avant de le lire ou de l’écrire le poème comme le tu du je le poème ». Où l’absence des signes de ponctuation met le silence dans la syntaxe, la bouche dans l’énoncé, l’énonciation dans l’oreille – quand d’autres ne font entendre que l’énoncé écrit sans bouche, et y font des réserves de blanc pour illustrer leur mystique de l’indicible.

Et c’est pourquoi, aussi, la répétition, chez Serge Ritman, n’est pas l’éternel thrène des poètes paysagistes, qui ont fait de l’impuissance à décrire l’obsession sans joie de leurs œuvres et du repentir une théo-poétique négative. Ici, la répétition érotise l’espace du poème où la relation est vivante. Devant les tableaux de Chagall, dans « Avec des baisers de sa bouche », le poème ne peut se borner à l’illustration verbale du peint. Il ne renchérit pas non plus sur ce qu’il montre, et, du coup, avec, aussi, la mémoire du Chant des chants, le poème n’est plus devant le tableau mais dans la peinture, et c’est à partir d’elle que se fait le poème (le poème, c’est fait pour partir, pas pour s’asseoir ; et c’est pareil pour le tableau : même assis devant le tableau, on part dans la peinture). Non, le poème récite l’aventure d’une voix amoureuse où le lecteur aussi se prend à jouir. Quelque chose s’érige dans l’écoute qui n’est pas un temple ; mais le chant d’amour qui profane le temple, en efface les signes pour en faire l’espace nuptial du poème, où le sens tourne et fait tourner la mémoire dans l’oreille. Dans les cinq parties du poème, il faut lire le jeu des échos : la « bouche » du titre est partout. Les sonorités disséminées de tour, tourner, trouver, ouvrir font de parler le baiser même du poème.

Autre dialogue amoureux avec l’image : « Tatouages et grains de beauté » (offert en fac-similé) qui reprend les textes de « Tu à l’infini » en les inscrivant dans des silhouettes féminines de tableaux célèbres que citent Colette Deblé. La « résonance » du poème se double de la transparence du papier (les formes, silhouettes et mots, se superposent) pour faire du sens une concrétion d’images et de langage, un présent complexe et pluriel qui approfondit la surface simple du dessin et la linéarité de l’écriture. « la représentation n’existe / pas au présent », dit le poème. Ici, le présent s’épaissit, montre ses strates, et la représentation n’est plus représentation, mais la mémoire de l’œil et de l’oreille s’ouvrant à l’inconnu sans cesse nouveau devant nous.

Pas la caverne. Pas l’Eden bête où les têtes s’enferment dans leur pureté frigide. Pas le Musée mais le monde. Tout comme dans tout le recueil – moins recueil d’ailleurs que départ proposé, utopique et joyeux, vers : le monde comme relation, toujours changeant, et « résonance », de sujet à sujet. Alors, d’accord pour la présence, pourvu qu’elle ait fait son deuil de la représentation (et de sa majuscule), parce que c’est ici l’amour quotidien qui parle et pas la nostalgie des images hiératiques. D’accord pour la présence, pourvu qu’elle soit « quelconque », mais source pourtant, jamais tarie, d’émerveillement lucide pour l’écoute amoureuse que Serge Ritman nous propose.


Alexis Pelletier dans Triages n° 16, éditions Tarabuste, 2004

Tentative de description d'un recueil d'amour (Serge Ritman, Ta Résonance, Océanes, 2003, 15 euros)

On sait que le terme résonance possède un sens qui touche aussi bien les phénomènes d'amplifi­cation des sons que l'effet de ce qui se répercute dans le cœur. Un titre comme celui choisi par Serge Ritman, Ta Résonance, place donc le recueil dans une optique qui entre dans le spectre - pour utiliser un autre terme acoustique - du lyrisme. Évidemment il y a dans le lyrisme aujourd'hui, une question inces­sante qui est celle du « comment chanter mainte­nant ? » La réponse n'est pas réellement donnée, sans doute parce qu'elle est introuvable, dans le recueil. Serge Ritrnan, au contraire, ne tend qu'à décliner plusieurs propositions qui cernent un domaine.

Le vers joue de certains décalages entre le souffle et la syntaxe pour induire une lecture rythmée. Un poème de la première partie du livre (« Tu à l'infini ») le démontre:

Tu m'es plus étrangère au plus près plus rien ne peut nous confondre même pas l'oubli et l'étreinte est déjà une confirmation comme l'éloignement défait tout ce qui nous

sépare ta peau refait mes cordes vocales

Tout se passe comme si l'autre, c'est-à-dire le Tu (et Serge Ritman de jouer sans exagération des toutes les possibilités sémantiques de ce Tu), aimé, requalifiait le corps et la voix de celui qui écrit. Et de ce retour à soi induit par l'autre, la langue sort comme neuve. Avec des poèmes un peu plus longs, le même mouvement semble présider à la deuxième partie du recueil « Avec des baisers de sa bouche », la troisième personne du singulier du titre créant une sorte d'effet d'attente, volontairement déçu par le poète qui ne s'adresse encore qu'au Tu de la première partie, un Tu enrichi cependant de la vision des tableaux de Chagall illustrant Le Cantique des Cantiques.

Puis vient la partie qui donne titre à l'ou­vrage, « Ta Résonance ».

Elle s'ouvre par huit poèmes qui aboutissent progressivement à ce qu'on pourrait appeler une raréfaction du signe. Les deux premiers commencent par un « J'ai vu » qui fait entendre comme le souvenir du « Bateau ivre » et où les vers sont presque mesu­rés, avec une forte tendance au décasyllabe qui se pro-longe jusqu'au sixième poème. Puis les deux derniers opèrent une rupture qui concentre l'écriture sur le don de l'autre :

je viens:

tu m'as dit

ce poème

Et bien sûr, ce qui se joue-là, c'est la multi­plicité du dire (dicter, lire, réciter, etc.)

Puis viennent trois groupes de poèmes en prose : « Courts réveils d'un instant », « Quelques lignes pour une marine », « Rimes intérieures ». A l'image des vers qui précèdent la prose n’est pas ponctuée. Elle aboutit dans le troisième groupe, à l'impossible définition du lyrisme :

le poème subjectif lyrique si l'on veut mais justement je veux dire que cela ne va pas de soi que le style émotif faisant passer celui qui parle devant ce qui est dit n'arrive pas à prendre le dit dans le je

Le groupe suivant « Comme s'il manquait toujours l'image », renoue avec la versification. Mais un vers plus long comme enrichi de l'expérience de la prose, expérience qui a été, aussi, celle de l'objet éloigné, je veux dire, celle de la troisième personne du singulier.

Faut-il ajouter que son absence n'est pas là non plus pour suggérer une quelconque présence ?

On le voit la ponctuation a fait son appari­tion, La langue s'est entièrement restituée par le chant lyrique.

Les deux derniers groupes de cette partie centrale (« Deux ou trois attelages sur la plage nue », « Rien ne tombe sous le sens ») sont la résonance des deux premiers.

tu tends

ta bouche

elle monte

la mer et la brise

ensoleillées

je te

prends

sur le dos

La partie suivante, « La réciprocité », est comme une méditation sur la manière de noter le corps (de l'aimée, de l'enfant, de l'amour) dans la phrase. Mais comme le lyrisme ne doit pas céder la place au je, les phrases sont courtes comme cassées par leur juxtaposition. Un lyrisme d'autant plus fort donc, qu'il refuse tout pathos

La mésange :

L'enfant chante en parlant. Il est tout langa­ge. Non tout est dans son langage. Les gestes de son corps parlent dans une écriture qui danse. L'air est sa page: sa voix avale le monde

La dernière partie du recueil, « Sans retour », produit une sorte de point d'orgue de l'ou­vrage. C'est la seule partie qui ne soit pas dédiée. Elle instaure un jeu entre deux personnes (Elle et Il), lais­sant la première personne du singulier en arrière plan, comme pour insister sur ce lyrisme débarrassé d'une marque trop forte de la subjectivité. Et tout converge vers la deuxième personne du singulier, donnant un sens très fort à la préposition qui fait le passage vers elle. Ta Résonance, en effet s'achève ainsi.

l'immédiateté

la neige

le gris

la - rafale

menaces par ta beauté

Il faut pour achever cette imparfaite description, dire combien l'écriture procède par secrets que la lecture révèle à demi. Les chiffres 5 et 8, par exemple, jouent un rôle considérable dans la structure du recueil. Et dire encore que sa première partie est illustrée, dans le cours de l'ouvrage (en léger décalage donc) par un cahier de 16 pages (2 x 8) de lavis de Colette Deblé.

vendredi 27 novembre 2009

Eclairs d'oeil


Eclairs d'oeil, Tarabuste, 2007

Laurent Mourey dans Le Français aujourd'hui n° 158, septembre 2007:

« Est-ce que tu entends ce que je vois ? »
note sur Eclairs d’œil de Serge Ritman, avec des lavis de Laurence Maurel, 2007, éditions Tarabuste.
Serge Ritman, pour la poésie aujourd’hui, pourrait bien ressembler à un drôle d’oiseau. Serait-ce qu’il s’en écarte, de la poésie ? Au contraire il y est en plein – et tout contre, parce qu’il la voit, la lit, la critique la transforme, la déplace depuis son poème. Pour que rien ne soit à sa place. Il y a chez lui l’écoute du « s’asseoir sans chaise » de Luca et comme son exercice, pour justement ne jamais s’asseoir et défaire les assises de ce que, selon les habitudes savantes, on sépare : le poème, la critique, la théorie, la vie, l’amour. En ce sens, sa poésie est aussi l’écoute et l’exercice de ce que dit Desnos : « au-delà de la poésie libre il y a le poète libre ». Et j’ajoute le poète libre dans et par son poème. Lequel n’est pas qu’à lui…
Des Eclairs d’œil – multiples autant que pluriels: c’est bien ce que fait le poème – et le poète par son écriture. Une vision de langage, un voir qui invente une subjectivité langagière indissociable d’une éthique et d’une pratique du poème. Drôle d’oiseau donc au « chant grésillant » où l’on perd son latin, « son ornithologie » (p.16), sa langue et toute forme de surveillance ou suivisme de bon ton pour trouver un poème ou chant amoureux où l’écoute du langage fait la vision :
il y a traquets pâtres et linottes mélodieuses
vous voulez un chant ou un chancre
un envol pour traquer tous les pâtres
il n’y a plus de moutons
où il y a un poème monter
sur tes yeux cette monture
je t’aime droit dans les deux (p. 17)
C’est parti pour que Ritman continue ce qu’il a toujours commencé différemment (avec notamment Rossignols et rouge-gorge, chez le même éditeur et Ma Retenue chez Comp’act) et qu’il nous fasse écouter ce qui est à lire : entrer en chœur - ou en coeur - et en relation avec ses « Chansons des rues et des bois » à lui, du « prélude » - envoi et envol – « ne parle plus latin / et descends en ville / au coin de la rue un rossignol » à « La forêt traversée, nous y voilà : la relation commence dans la clairière étouffée. » (p.18) et à plus encore : à travers tout le poème – « L’histoire continue. Tu comprends, enfin. » (p.19) Ritman comprend et crie haut et fort que partout où nous sommes il n’y a jamais assez de je et de tu, que c’est le poème qui fait la relation, le sujet et le sujet de la relation. Que la relation est une subjectivation. Que le poème est le continu vivant de l’amour et du langage et qu’on ne le dira jamais assez.
Le poème Ritman est souvent alors une diatribe poétique/politique ; il refuse de séparer entre tout et tout ce qui fait que la vie humaine est la vie humaine, et de justement laisser le poétique et le politique confortablement à leur place, ceci parce qu’il en écrit et vit la relation : c’est son geste éthique et l’éthique de son geste amoureux. Passionnément, il écrit : « Si poème il y a, c’est à chaque fois du neuf où le langage transforme tout, éthiquement, politiquement et poétiquement. Sans cette démesure, sans cet impossible, le poème n’agit pas, n’agit plus. » Plus passionné peut-être encore parce que sans en avoir l’air, ce qui suit, par la parenthèse : « Tu parles donc je suis : / je te suis (mouvement d’être ; poème-relation) » (p.106). Mais « l’air », son poème l’a ; ce n’est pas qu’une apparence. Eclair d’œil – mais tous les livres de Ritman – tient fortement la rigueur de ce que c’est que faire un poème en critiquant tout ce que l’on sait ou croit savoir sur ce qu’est un poème et en en déplaçant les critères admis. Dans ce geste, le souci (non au sens heideggérien) de situer une éthique, une historicité, en particulier par les deux parties qui encadrent et ouvrent le livre tout entier poème d’une pensée poétique refusant tous les clivages, en particulier celui de la pratique et de la théorie : « Rappel de l’épisode précédent : contes et décomptes de la poésie » et « Anti-manifeste de la réforme de la vision », deux volets d’un exposé d’une éthique du langage et de la poésie.
De fait les clins d’œil sont multiples, montrant qu’aucune écriture n’est séparée d’aucune lecture, qu’une écriture a toujours vue sur ses lectures : qu’elle est une historicité vivante, ce qui est un pléonasme, alors : qu’elle est une historicité vive et volubile. Cette volubilité qui n’est pas vitesse, ni bavardage, trouve sa métaphore dans cette larme qui « s’enroule s’emmêle / dans les eaux de tes frères », « la larme de tes frères » qui fait entendre « l’homme qui rit par-dessus » ou « ta voix » : une résonance active dans le langage – « elle loge dedans » (p.33).
Il y a entre clin d’œil et résonance un peu le même rapport qu’entre voir et comprendre, ou vision et conception : la tenue d’un rapport entre voir et langage, regard et pensée. Où les deux ne sont pas à confondre, mais à mettre en relation. Et c’est ce rapport que tient Eclairs d’œil : des visions, des vues sur, dans et par le langage, vision du poème et de la poésie – « distingues-tu / ce que certains confondent / depuis longtemps ? » (p.93) Distinguer, mais de quel œil ? De quelle oreille ? Le poème montre, la parole donne un point de vue ; je t’ai en ligne de mire, pour n’avoir pas la vue courte et voir plus loin que le bout du nez… des définitions admises de la poésie.
Ainsi Eclairs d’œil offre un singulier travail sur le langage et la vision, avec le travail de Laurence Maurel. Une rencontre où les poèmes répondent les lavis de Laurence Maurel comme les lavis répondent les poèmes de Serge Ritman. Personne n’illustre ni ne commente personne : c’est une relation qui s’offre et s’ouvre dans l’inconscient de ce livre, une rencontre de sujet à sujet. Des gestes de langage et des gestes de regards qui trouvent peut-être des correspondances dans ces lignes : « A mi-chemin du proche et / du lointain » (p.107). C’est le travail de Laurence Maurel : ses lavis donnent et font une vision troublée, tourbillonnante et troublante de l’œil, une manière de montrer que le regard transforme la vision en montrant l’oeil, que chaque encre est œuvre d’un regard en mouvement, que le rythme, pour l’art, est un concept à penser avec le regard, donc le sujet : « son rythme décolle. » (p.107) La rétine ?
Mais qu’est-ce que le langage fait de la vision et de la vue ? Voir a le primat sur le vu, un peu comme le dire sur le dit. Voir est critique, parce qu’il est à penser du coté d’une subjectivité en activité. C’est autre chose avec la vue : « les vues sans voir n’approchent rien. » / […] la vérité de la vue étant dans la vérité / du voir il s’ensuit que d’aucuns / pensent toujours voir quand ils ne font / qu’avoir une vue ou changer de lunette. » (p.91) Oui, le langage est critique : « Ce sont des lunettes sans yeux : / des poètes sans langage. » (p.92) Voir est du parti de l’activité, de la subjectivation. De fait il est l’opérateur de la relation, avec et dans le langage. Ce que montre le poème p. 54 : « Il y a deux bouches […] deux yeux […] deux mains […] l’amour […] les cils de tes lèvres » ou encore « le temps des lèvres » / « le temps des silences ». Dans le poème p. 55, ce sont aussi ton repos dans mes yeux et l’intimité du langage amoureux que l’on entend, où « à vue d’oeil » est la manière de répondre, parler côtoyant donner, entendre, demander. Le poème et le langage font donc un voir spécifique : le voir qui est celui de l’écrire Ritman. Les Eclairs d’œil ne sont pas une représentation ou une mimesis ; ce sont les éclairs de l’œil du poème qui donne à voir au sens d’Eluard : ils donnent à entendre ce qui passe de langage quand on écoute le monde – et ce que l’on voit. Nos visions sont traversées de langage. Elles sont de langage. Ces Eclairs d’œil sont des relais pour penser le poème, « le chant des yeux » (p.52). Pour cela, il s’agit de n’avoir ni les yeux ni la langue dans sa poche et de sortir « les mains de tes poches. » (p.41)
Éclairs d’œil opèrent une radicalité, celle de l’écoute et de la vision par le poème, ce qui est, une fois de plus, un geste qui ne laisse rien à sa place. L’oiseau chante et, chantant, il renverse nos vues. Le poème final dit bien ce qu’il fait : jamais il ne la fermera, « sa goule au vent d’une chute » (p.107) Oui, le poème final fait ce que fait chaque poème de ce poème : l’ouvrir en grand pour ouvrir encore dans tous les sens et tout déplacer avec. Ainsi, l’écoutant, « Vous ne l’attraperez pas. […] il ne demeure ». C’est que « l’intempestif du poème ne s’apprend pas comme un métier, ne se programme pas avec une technique fut-elle poétiquement correcte. » (p.106)
Drôle d’oiseau Ritman ? Non, poète libre.

Laurent Mourey a aussi écrit sur ce livre dans son article "Paroles en têtes, la littérature avec Prévert et quelques autres", Les Cahiers Robinson n° 27, 2010, p. 29-44.