Dans l'ordre de parution, les recensions concernant Tu pars, je vacille (Tarabuste, 2015 : http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110) :
1. Jean-Paul Gavard-Perret sur le site Le littéraire le 11 mars 2015 : http://www.lelitteraire.com/?p=14567
2. Didier Ayres sur le site La Cause littéraire le 7 mai 2015 : http://www.lacauselitteraire.fr/a-propos-de-tu-pars-je-vacille-serge-ritman
3. Entretien avec Yann Miralles sur Poézibao le 15 mai 2015 (1) : (1)http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/05/entretien_serge_martin1.html
(2)http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/05/serge_martin2.html
(3)http://poezibao.typepad.com/poezibao/2015/05/serge_martin3.html
4. Entretien avec Gérard Noiret dans La Nouvelle Quinzaine littéraire n° 1132, 16 au 31 juillet 2015, p. 16. : http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2015/07/entretien-avec-serge-ritman-dans-la.html
5. Antoine Emaz dans N47 n° 28, juin 2015 : http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2015/09/antoine-emaz-propos-de-tu-pars-je.html
6. Cécile Guivarch sur Terre à ciel : http://www.terreaciel.net/Hep-Lectures-fraiches-Janvier-2016#.VoaqIjb8Q0Q
7. Laurent Mourey sur Poézibao (mercredi 10 février 2016) : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2016/02/note-de-lecture-serge-ritman-tu-pars-je-vacille-par-laurent-mourey.html
8. Sabine Huynh dans La Nouvelle Quinzaine littéraire n° 1145 (16 au 29 février 2016) :http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2016/02/tu-pars-je-vacille-recension-dans-la.html
9. Françoise Delorme dans Europe n° 1043 ("Guillaume Apollinaire"), mars 2016, p. 323-324 : http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2016/03/tu-pars-je-vacille-recension-dans-europe.html
On trouvera dans ce blog les publications de Serge Martin et de Serge Ritman avec parfois des indications de commentaires (notes de lecture ou autres). Le nuage des libellés permet de les retrouver toutes selon les critères de genres, d'années, d'éditeurs... Le tout est un chantier permanent : il reste beaucoup à faire quant à l'exhaustivité...
vendredi 8 mai 2015
samedi 11 avril 2015
Louis Calaferte, un éveilleur
« Un éveilleur », entretien avec Didier
Garcia dans le dossier Louis Calaferte, Le
Matricule des anges. Le mensuel de la
littérature contemporaine, n° 162, avril 2015, p. 18-20.
lundi 30 mars 2015
Recension de Christophe Grossi, Ricordi
Recension de Christophe Grossi, Ricordi (dessins de Daniel Schlier, François-Marie Deyrolles éditeur, "l'atelier contemporain", 2014) dans Europe n° 1032, avril 2015, p. 333-335.
mercredi 25 mars 2015
Comparer contre les évidences culturelles : avec le poème pour ‘pas prévoir’ (James Sacré)
« Comparer contre les évidences culturelles :
avec le poème pour ‘pas prévoir’ (James Sacré) », Myriades, revue d’études francophones publiée par le département
d’études romanes de l’Université du Minho (Braga, Portugal) n° 1 (« La
comparaison »), 2015, np. (7 pages). En ligne :
http://cehum.ilch.uminho.pt/myriades#courantdimanche 15 mars 2015
Rencontre avec Patrick Beurard-Valdoye : le plurilinguisme et le poème (résonances avec Ghérasim Luca)
rencontre avec Patrick Beurard-Valdoye à l'Université Sorbonne nouvelle dans le cadre d'un séminaire de M2 le 19 décembre 2014.
Il suffit de cliquer sur cette adresse :
Introduction via @SorbonneParis3
Il suffit de cliquer sur cette adresse :
Introduction via @SorbonneParis3
vendredi 13 mars 2015
Récital du 11 mars 2015
Quelques moments photographiques après ce poème-circonstance du lendemain envoyé par Guy Perrocheau :
à chaque pas mon
premier pas
de passe-muraille
et la bouche fait bonne mesure
à un édifice élevé sur de l’air
fait bonne mesure
à une énigme
à un carrefour
à du noir aussi
qui respirait la
peur
comme au travers d’un
nom qu’on se met sur
la langue alors
c’est toute la vie qui se fond en
phrasé comme un trou qui s’effondre en
lui-même avant les
fondations
(comme un ressouvenir en avant d’une lecture de « Tu pars, je vacille », le 11 mars 2015, à Paris, par son auteur)
Toutes les photographies sont de Victorine Seltz sauf la première prise par Charlène Clonts : merci !
mardi 3 mars 2015
Tu pars, je vacille
Tu pars, je vacille, éditions Tarabuste, 2015.
http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/ritman-serge-tu-pars-je-vacille/110
On peut lire les recensions concernant cet ouvrage ici :
http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2015/05/tu-pars-je-vacille-recensions.html
Note d’intention de l’auteur
http://martin-ritman-biblio.blogspot.fr/2015/05/tu-pars-je-vacille-recensions.html
Note d’intention de l’auteur
Ce livre vient après une douzaine de livres publiés chez
plusieurs éditeurs depuis 1997.
Ce livre marque une étape importante dans l’écriture de son
auteur. Plus qu’achevant une période, il voudrait constituer une constellation ouvrant à des clartés (avec obscurités) sur le chemin
parcouru depuis bientôt vingt ans.
Ce livre fait un poème ou plutôt le roman d’un poème par ses
rimes : non celles qui viennent carillonner en fin de vers mais les rimes
de partout, ce que je préfère appeler une résonance générale. Celle-ci est
plurielle dans son fonctionnement même. Aussi ce roman de rimes montre-t-il une
organisation en dix parties (à vrai dire huit avec une ouverture et un finale)
reliées entre elles par une citation dont on aperçoit à la fois le continu et
l’hétérogénéité : d’Ossip Mandelstam à Claire Diterzi en passant par
Marina Tsvetaieva, Ingeborg Bachman, Ghérasim Luca (deux fois), Paul Celan (trois
fois), Boris Pasternak et Linton Kweezy Johnson. Sans trop savoir pourquoi mais
constamment, ce livre est travaillé par la doublure, au sens théâtral, puisque le
couple je-tu, qui en est l'opérateur décisif, est lui-même sans cesse réversible. La doublure se fait bien évidemment dédoublement, au sens
psychologique voire psychanalytique, pour augmenter la réversibilité signalée
auparavant. Enfin la doublure opère par le doublage entre proses et vers et par le redoublement
des arts, où peinture et musique mais aussi danse et chanson viennent doubler
l’écriture par ses moyens mêmes - on aurait rêvé d'un livre ainsi sorti du livre mais chaque lecteur opérera facilement ces doublements puisque le lecteur double toujours l'auteur dans ces lancées: énonciations qui poussent à réénonciations - tel serait ce roman toujours doublé par son poème.
Ce livre serait donc écrit par deux – d’où le régime de la
répétition ou plutôt de la reprise, qui ne cesse de réénoncer des ressouvenirs
en avant. On peut alors dire que le sujet, dans tous les sens du terme, ne cesse de passer la main puisque tout le biographique du roman n'est jamais restauration d'un présent et donc fiction sous la forme d'un destin ou d'un rebut, mais vraie circonstance partagée, partageable, présent impossible parce qu'inaccompli, don d'innocence d'un vivre. La visée espérée de ce dispositif, c’est le trouble par le rythme,
par l’intensification d’une vie du langage et ses échappées intempestives vers
ce que le poème nomme ses clartés alors même qu’on pourrait aussi bien y
apercevoir ses obscurités. Cette conjonction improbable advient souvent dans le pathétique radicalisé au risque de la bêtise ou de l'éclat : les deux souvent s'emmêlent sans savoir et c'est heureux pour que l'énigmatique poursuive la critique des maîtrises. Ce livre cherche en fin de compte le mouvement, la vota nova, d’un
corps-langage en relation : l’augmentation de nos rapports jusqu’au vertige. Aussi
affirme-t-il une écriture à quatre mains, du moins à deux voix sans compter
toutes celles qui y résonnent, ou y bougent dont les citations évoquées et bien d'autres qu'il serait inutile de répertorier tant elles sont nos lectures, nos rencontres toujours comme appels.
Ce livre se veut sans aucune assignation alors même qu’il
multiplie ses références. Dans le champ éditorial contemporain en poésie, il
veut renouer et dénouer, faire relation librement.
c’est
double
signature
pour
un
seul poème
quelles
doubles
vies
nous
troublent
ensemble
Serge Ritman
samedi 10 janvier 2015
Poétique de la voix en littérature de jeunesse. Le racontage de la maternelle à l'université
Poétique de la voix en littérature de jeunesse. Le racontage de la maternelle à l'université, Paris: L'Harmattan, "Langages et enfance", 2014.
Quelques informations concernant l'ouvrage en cliquant sur ce lien : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=45611
Sommaire
Introduction : Le racontage – les fables de la voix en littérature de jeunesse
Constellation 1 – Orientations
Etoile
1 : « Le raconteur » de Walter Benjamin – Un problème pour
l’histoire de la pensée anthropologique, poétique et didactique
Etoile
2 : La transmission – Un problème de communication ou un problème de
relation ?
Etoile
3 : La littérature de jeunesse – Un problème pour la critique
littéraire
Etoile
4 : Bibliothèques scolaires, bibliothèques publiques – Un problème
pour la politique de la lecture
Etoile
5 : Les albums – Un problème pour la théorie et la didactique de la
littérature
Constellation 2 – Interventions
Etoile
6 : Faire œuvre avec les œuvres – Une didactique du littéraire comme
activité trans-subjective
Etoile
7 : Non l’expression mais la relation – Une didactique de l’oralité
de l’écriture
Etoile
8 : Vers le sujet du poème dans les lectures – Une didactique de
l’écriture au plus près des paroles
Etoile
9 : La parole aux sans-voix – Une didactique pour prendre/donner voix
Etoile
10 : La voix comme sujet-relation – Une didactique des relations
de voix
Constellation 3 – Approximations
Etoile
11 : La voix animale, une reprise d’oralité – Sur l’anthropomorphisme dans
les fables et bestiaires pour les enfants
Etoile
12 : De Benjamin Rabier à Philippe Corentin – Sur la reprise artistique du
rire en littérature enfantine
Etoile
13 : Il y a détail et pan – Sur le regard de l’escargot et du mulot chez
Leo Lionni
Etoile
14 : La littérature, une question de voix – Sur le romanesque de
Michel Chaillou et la théâtralité d’un album de Ionesco-Delessert
Constellation 4 – Relations
Etoile
15 : Archéologie et cartographie au cœur de l’expérience littéraire – Avec
François Place et ses atlas
Etoile
16 : Le détail et la fable en regard de l’Histoire – Avec Tomi Ungerer, la
mémoire à l’œuvre
Etoile
17 : Raconter les voix – Avec Malika Ferdjoukh, éthique et poétique pour
évaluer les paroles
Etoile
18 : Moralisme, moralisation et « littérature engagée » - Avec
les œuvres qui engagent
Conclusion : Le racontage – La didactique et la théorie de la littérature mises en
mouvement
Bibliographie
générale
RECENSIONS :
1. Sun Nyeo Kim dans le Français aujourd'hui n° 189, juin 2015 :
2. Carla Campos Cascales sur Fabula :
CARLA CAMPOS CASCALES
Ce que transmet la transmission de la littérature
Serge Martin, Poétique de la voix en littérature de jeunesse. Le racontage de la maternelle à l’université, Paris : L’Harmattan, coll. « Enfances et langage », 2015, 530 p., EAN 9782343048130.
Tandis que les siècles s’écoulent, la masse des ouvrages s’accroît sans cesse et l’on prévoit un moment où il serait presque aussi difficile de s’instruire dans une bibliothèque que dans l’univers et presque aussi court de chercher une vérité subsistante dans la nature qu’égarée dans une multitude immense de volumes.
L’Encyclopédie, article Encyclopédie
L’Encyclopédie, article Encyclopédie
1Comme s’il répondait au célèbre article de Diderot, Serge Martin nous invite avec son ouvrage à contrer la difficulté de « s’instruire » avec les livres en traçant un certain chemin didactique : celui d’une littérature comme activité vivante et toujours en relation dès qu’un lecteur entre en contact avec elle.
2Prenant appui sur ce qu’on désigne, un peu trop communément à son avis, par « littérature de jeunesse », l’auteur propose une théorie et une didactique de la littérature visant à libérer une discipline souvent instrumentalisée par l’école et trop restreinte par une certaine méthodologie que ce soit pour les élèves des petites ou des grandes classes.
3Le choix du corpus défie l’idée même de la littérature telle que la véhicule une certaine institution : il s’agit d’aborder les albums « contre toutes les catégories prédéfinies, y compris celle de l’enfance » (p. 86). Ne se laissant pas enfermer dans les catégories scolaires classiques des périodes littéraires ou des genres, ou encore dans la dichotomie écriture/oralité, S. Martin nous propose de faire le saut de La Fontaine à Le Clézio en passant par Claude Ponti et beaucoup d’autres (Tomi Ungerer, Benjamin Rabier, Philippe Corentin, Louis Joos, Malika Ferdjoukh, Gisèle Pineau...), en suivant un seul critère pour engager la lecture en classe et ailleurs : celui de « racontage », notion qu’il emprunte à Walter Benjamin :
Aussi, j’aimerais proposer ici, tant à l’enseignant qu’au formateur et au chercheur, un opérateur pour la pratique et la théorie de la littérature avec les œuvres : celui que m’a semblé offrir la notion de « racontage » (p. 11)
4Or, comment comprendre ce terme ?
L’expérience qui circule de bouche à oreille est la source à laquelle ont puisé tous les raconteurs. Et parmi ceux qui ont couché des histoires par écrit, les plus grands sont ceux dont le récit écrit et se distingue le moins du discours des nombreux raconteurs anonymes1.
5Nous trouvons chez Benjamin une première piste pour cette notion qu’on retrouve à maintes reprises dans Poétique de la voix jusque dans le sous-titre : le racontage serait toujours expérience, du vécu, du mouvement mais aussi de l’oralité, de la voix jusque dans l’écrit.
Le racontage serait donc ce passage de voix qui demande de considérer l’activité continue de la voix des histoires comme porteuse de sens. Plus que le sens qu’une voix serait chargé d’exprimer pour que des lecteurs le retrouvent, voient y soient amenés par quelque lecteur savant, herméneute ou autre, les lecteurs y compris les débutants et, comme on dit, les non-lecteurs dès qu’ils sont auditeurs, n’ont rien à retrouver mais seulement à se trouver (ou à se retrouver, formant alors communauté), acteurs du racontage. Alors la littérature comme pratique et théorie du racontage n’a pas besoin d’une herméneutique mais d’une poétique, celle-ci n’était que l’écoute d’une écoute — ce qui est considérable ! quand la première trop souvent demande de ne plus écouter mais seulement de contempler la vérité, le sens, le texte ou toute autre essence qui oublie que les œuvres ne valent que si elles continuent d’œuvrer. Le racontage explorerait dans sa pluralité ce continu de l’œuvre. (p. 16)
6Projet didactique mais aussi poétique, cet essai critique s’attaque aux « stratégies du discontinu qui réitèrent toujours la dichotomie oral/écrit, en excluant ainsi toute prise en compte de l’oralité qui est au principe du dire dans toutes les modalités du parler, du lire comme de l’écrire, de tout l’écrire et pas seulement du parlé dans l’écrit » (p. 20) ; il imagine avec les œuvres un travail de relation qui permettrait au sujet lecteur d’exister dans et par la voix de ces œuvres. Ce lien continu créerait le langage inhérent, souvent oublié, à toute activité de lecture : car il s’agit non de penser ce « qui se transmet quand on enseigne la littérature » mais plutôt « ce qui se transmet de la transmission quand il s’agit de littérature » (p. 51)
7Ainsi, il faudrait non seulement écouter ce qu’une œuvre dit mais aussi et surtout écouter ce qu’on dit en lisant une œuvre. Il s’agirait d’inviter à enseigner la littérature comme un passage de subjectivation qui ne s’arrête sur certaines œuvres que pour mieux poursuivre le voyage, pour (re)commencer chaque œuvre dans sa réénonciation située. Dans ce voyage cosmique, on nous apprend à lire, et non comme compétence langagière et de communication, mais comme traversée et épopée ; c’est pourquoi nous volons comme des « comètes » de « constellation » en « constellation » — l’auteur sur-titre ainsi ses quatre parties qu’il titre « orientations », « interventions », « approximations » et « relations » pour regrouper les dix-huit chapitres sur-titrés « étoiles »...
8Ce que fait cet essai, comme l’affirme S. Martin autour de l’un des albums qu’il commente (Otto de Tomi Ungerer), c’est d’« engage[r] donc de la lecture avec l’écriture, de la lecture dans l’écriture toujours en cours en considérant l’album comme écriture/lecture d’une prosodie relationnelle et non comme addition du texte et de l’image comme on a coutume de le faire » (p. 252).
9Allant au-delà de la simple transmission des compétences classiques en didactique des langues et de la littérature, au lieu de : « parler, lire, écrire », S. Martin propose de travailler plutôt avec le « dire » comme « continu d’une pensée du langage à l’œuvre dès qu’apprentissage réfléchi. Ce dire multiple, telle est l’hypothèse de cet essai, c’est au fond le moteur du racontage » (p. 17). Il y a alors dans la théorie de la relation dans et par la voix qu’engage l’œuvre par le racontage, une responsabilité éthique et sociale : on tient compte de la dimension subjective de l’exercice fait en classe. Comment ? En engageant la subjectivation dans la reconnaissance de la relation à laquelle engage l’œuvre littéraire. Encore faut‑il laisser place de façon effective à cette relation dans l’espace d’enseignement : « dire » la voix (et non pas au sens d’oraliser simplement un texte en le lisant à voix haute) qui lie le sujet à l’œuvre ou que l’œuvre lie au sujet. Mais il s’agit là d’un engagement premier dès qu’on conçoit le lecteur et même l’œuvre non plus comme deux objets (l’objet-texte et l’objet de la réception), mais comme deux sujets ou comme un même sujet qui traverse les deux — ce serait la voix.
10Par là, ce texte remet en question l’outillage didactique des œuvres dans les différents niveaux d’enseignement. On songe alors à ouvrir à l’infini de la trans-subjectivation que crée l’activité de la lecture : l’œuvre devient à son tour non pas objet d’étude mais sujet, moteur de subjectivation, possibilité de continuation à l’infini par tous les sujets qui à leur tour lui donneront (leur) voix. Les œuvres « ne valent que parce qu’elles engagent comme racontages pour des réénonciations continuées et donc des appropriations qui ne sont pas des achèvements mais des recommencements, des devoirs de racontage plus que de mémoire » (p. 217).
11Lire, entrer en relation, écouter et s’écouter, autant de réflexions théoriques sur la littérature mais aussi sur ce qui se passe en classe. S. Martin souligne la responsabilité de l’école :
Or, toute œuvre est l’appel à découvrir l’inconnu et à viser la spécificité qui est l’expérience d’un seul devenant l’expérience de chacun et de tous, dans et par le racontage. C’est là l’enjeu éthique et politique de toute critique en actes à l’École. (p. 69)
12Espace où apprendre voudrait dire exister, expérimenter, où s’imprimerait sur nous l’empreinte du monde, et où on agirait le monde à notre tour par et dans cette activité jamais finie de racontage : « Le racontage, comme passage de voix, c’est-à-dire l’invention de formes de vie (expériences) et de formes de langage (histoires) qui s’échangent dans la plus grande intensité d’une relation de relation. » (p. 45)
***
13La beauté du texte de Serge Martin est nous proposer de ré-apprendre à lire : la littérature ne doit pas être une pause dans le continue de la vie, mais cet univers où la vie se déploie. Les œuvres seraient au centre du vivant, le formeraient, et construiraient aussi notre lien au monde. Les enseigner et les apprendre consisterait donc à savoir continuer le travail qu’elles engagent, à les lire pour lire le monde, à les intégrer dans notre subjectivité par notre subjectivité elle-même.
14La question du sujet lecteur, bien qu’ayant été abordée depuis nombreuses années par des ouvrages de didactique2, reste la plupart du temps une notion théorique difficile à appliquer dans la pratique en classe; or ce livre s’essaie à une didactisation concrète de cette idée.
15Pour cet ancien formateur d’enseignants, la théorie de la littérature est indissociable d’une réflexion pédagogique ; la preuve dans cet essai engagé et qui engage, qui invite à un changement nécessaire par une prise de conscience de la responsabilité éthique et politique d’un enseignement de la littérature qui doit prendre conscience du fait que l’activité qu’elle met en place ne peut se contenter de simples grilles de compétences ou de répondre aux injonctions patrimoniales et culturelles. Le racontage en fait un puissant levier du vivre ensemble qui s’y invente même.
NOTES
1 Walter Benjamin, Le raconteur, Circé, Traduction de Sibylle Muller, 2014 [édition originale : der Erzähler, 1936].
2 et encore d’actualité, à la vue de la récente parution de Claude Coste et Bertrand Vibert (coord.), L’expérience du sujet lecteur : travaux en cours, Recherches & Travaux, Université Stendhal-Grenoble 3, 2013.
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